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Dossier - Emploi et handicap : peut mieux faire


Emploi et handicapSelon l’Observatoire des inégalités, la population handicapée, 5 millions de personnes en France, est très mal lotie par rapport au travail :

  • 19 % des handicapés sont sans travail, soit le double de la moyenne de la population active,
  • 3 % sont cadres alors qu'ils représentent 11 % des actifs.

Inscrite dans la loi depuis de longues années, l’obligation d’emploi en faveur des personnes handicapées tarde à porter ses fruits.

L’obligation d’emploi

La loi impose depuis 1987 aux entreprises de plus de 20 salariés :

  • d’employer au moins 6 % de personnes handicapées dans leur effectif,
  • ou de verser une contribution à l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées).

Les entreprises se sont accommodées de cette contribution, qui a représenté au total 563 millions d’euros en 2008, sans faire les efforts d’emploi correspondants.

En 2005, une nouvelle loi introduit :

  • une redéfinition du handicap,
  • une liste des bénéficiaires de l’obligation d’emploi revue,
  • une contribution Agefiph plus incitative – majoration à 1500 fois le smic horaire après 3 ans de contribution sans engager d’autres actions,
  • une obligation d’emploi étendue à la fonction publique. 

Des possibilités d’externaliser

La loi n’a pas vraiment modifié les habitudes.

Dans le contexte de crise actuel, l’État accorde un délai : les 8 500 PME françaises ont jusqu’au 01/07/2010 pour mener une "action positive".

"Malheureusement, le nombre de salariés handicapés est toujours insuffisant" reconnaît François Rivet, Directeur délégué projets et formations chez Harmonie Mutuelles. "En général, les entreprises préfèrent faire appel à l’externalisation via les Esat plutôt que recruter". Cette possibilité reste méconnue.

"Cela n’a pas augmenté, même avec le renforcement de la contribution" confirme Thierry Pagin, le directeur de l’Esat APF de Lunay (41), un établissement de 56 places, "Les entreprises peuvent faire appel à nous pour de la sous-traitance ou de la mise à disposition de personnel et déduire cela en équivalent de travailleur handicapé. Certains y pensent, mais surtout au moment de la déclaration. J’espère que la contribution majorée va les faire réfléchir."

Réticences et méconnaissance

L’une des principales raisons qui freine les entreprises est sans doute la méconnaissance du handicap.

"Lorsque j’ai évoqué la possibilité d’embaucher un travailleur handicapé, le propriétaire des murs de mon entreprise était très réticent suite à une expérience négative" se souvient Jérôme Jubelin, gérant d’Active Business Développement, une petite structure spécialisée dans l’assistance opérationnelle, le conseil et la formation, basée à Lyon et Nantes. "L’assistant administratif et comptable que j’ai recruté était victime d’une capsulite, un problème d’épaule consécutif au travail sur une ligne. Quand il a intégré l’entreprise, beaucoup se sont demandés quel était son handicap."

Jérôme Jubelin a envisagé ce recrutement en participant à une Matinale Handi-Pro de la CGPME Loire Atlantique à Nantes. "Au cours de ces rencontres mensuelles, employeurs et chercheurs d’emploi participent à un tour de table suivi d’entretiens individuels", explique Jacqueline Guihéneuf, chargée de mission handicap auprès des PME à la CGPME Loire Atlantique.

Avec plus de 700 bénéficiaires et 198 responsables de PME participants en huit ans, le dispositif a fait ses preuves et devrait être étendu aux autres départements de la région.

Un salarié comme les autres

Les entreprises ne semblent pas être les seules en cause.

"Les handicapés sont souvent moyennement qualifiés", déplore Jacqueline Guihéneuf. "L’exemple du salarié de Jérôme Jubelin qui a suivi une formation comptable après deux ans de chômage n’est pas si fréquent." "Lorsque l’on passe une offre d’emploi dans la presse, il n’y a jamais de candidats handicapés" remarque François Rivet. "Est-ce parce qu’ils n’osent pas ou parce qu'ils ne se sentent pas assez formés ?".

Beaucoup ne se croient plus capables de travailler comme le note le Dr Busnel dans une récente interview. "Faut-il mettre sur son CV que l’on est handicapé ?", demande Thomas Lenhardt, un jeune dessinateur en fauteuil suite à une maladie. Il est en poste depuis cinq ans chez IES Ingénierie, une PME de la région du Havre.

"Nous avons profité de la création d’un poste sédentaire pour rechercher un handicapé, mais il a été difficile de trouver un bac + 2 motivé", explique le Directeur général délégué, Olivier Fraquet.

C’est la Mission locale de Lillebonne qui lui a présenté Thomas. Les locaux ne nécessitaient pas d’adaptation, seul le poste de travail a fait l’objet d’un investissement de 5 000 euros financé par l’Agefiph. L’intégration s’est parfaitement passée : « Il est très compétent ! Je le considère comme un salarié comme les autres, ni plus, ni moins. Je serais tout à fait prêt à renouveler l’expérience si l’occasion se présente », souligne Olivier Fraquet.

Bientôt de nouvelles mesures

Le gouvernement a reçu, en janvier, les conclusions du groupe d’experts dirigés par le Dr Busnel sur l’employabilité des personnes handicapées.

Le rapport contient 25 propositions et insiste sur :

  • la nécessité d’un accompagnement personnalisé,
  • la coordination de tous les intervenants – médecins du travail, Pôle Emploi, Agefiph, Assurance-Maladie, Conseil général
  • la prévention de la désinsertion pour inaptitude au travail qui touche 120 000 personnes par an.

Dès septembre, une expérimentation de ces mesures pourrait être menée dans des départements volontaires.

Les Esat à la peine

Les dossiers sont examinés par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées. Elle détermine si la personne peut travailler dans le secteur classique ou relève des Établissements et Services d’Aide par le Travail (Esat).

L’Esat fonctionne, pour les bâtiments et l’encadrement avec un budget alloué par l’État, et pour ses activités avec un budget commercial.

"Nous subissons la crise comme tout le monde" note Thierry Pagin. "En outre, l’État plafonne désormais son budget, tout en nous imposant de plus en plus d’obligations en termes d’accompagnement et de soutien…"

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